Publié le : 17-07-2026

Née à la fin du XVIIe siècle, l'œuvre attribuée à Jérôme Duquesnoy est devenue bien plus qu'une simple fontaine: elle incarne l'esprit frondeur et indépendant des Bruxellois. De nombreuses légendes entourent Manneken Pis, dont celle où il aurait sauvé Bruxelles d'un incendie en urinant sur le feu – un exploit qui prête à sourire lorsqu'on lit les commentaires de touristes, étonnés de découvrir une statue «si petite» qu'il faut s'en approcher pour réellement la voir. Au fil du temps, Manneken Pis est devenu l'une des images les plus diffusées de la ville: reproduit sur des cartes postales, des gadgets, des affiches, il s'est transformé en personnage à la fois populaire, touristique et profondément ancré dans l'imaginaire bruxellois. Symbole de liberté de ton et d'autodérision, il se prête volontiers à tous les détournements, y compris culinaires.

Si Manneken Pis est un emblème de Bruxelles, la frite est l'un des grands symboles nationaux de la Belgique. La Culture Fritkot, reconnue patrimoine immatériel par toutes les composantes officielles du Royaume en 2017, rassemble les traditions et les créations nées autour des baraques à frites dans toute leur diversité, les frites artisanales belges constituant naturellement le cœur de cet univers. On y croise des frituristes de tous profils, des plus traditionnels aux plus atypiques, chacun avec sa façon de frire, de servir, parfois de s'habiller, mais sans véritable «code vestimentaire» unique. Le mot «frituriste» (ou «friturist» en flamand) désigne ces spécialistes de la frite belge authentique, mais l'idée même d'un dress code corporatif reste vague: certains portent des habits de cuistot, d'autres des tenues de service ou de rue, sans signe distinctif systématiquement lié à la frite. Là où d'autres corporations se reconnaissent au premier coup d'œil, le frituriste, lui, se définit avant tout par son fritkot, sa manière de travailler et d'interagir avec les clients, et la qualité de ses frites plus que par sa garde‑robe. Qu'un costume de frituriste soit taillé pour Manneken Pis devient dès lors un véritable honneur rendu à la frite belge, mâtiné d'une bonne dose de sauce surréaliste.
Depuis des décennies, Manneken Pis s'est «acoquiné» avec les frites, autre symbole fort du pays, donnant naissance à tout un imaginaire où petit pisseur et cornet de frites vont de pair. L'iconique fontaine devient alors complice de la frite, avec une bonne dose de second degré, fidèle à l'humour bruxellois. Parmi ces détournements, le personnage de «Manneken Frites» créé par l'artiste bruxellois MONK occupe une place de choix. Inspiré à l'origine d'une silhouette de Banksy et d'abord baptisé «Molotov Pis», ce personnage fusionne la figure de Manneken Pis avec l'univers de la frite, dans un geste à la fois urbain, engagé et ludique. En 2014, «Manneken Frites» a été popularisé lors de son exposition au Micro Musée de la Frite de Home Frit' Home. En 2015, une statue de «Manneken Frites» de MONK a été acquise par le Musée de la Ville de Bruxelles pour rejoindre les collections consacrées à Manneken Pis, preuve que ce détournement a trouvé sa place dans l'histoire officielle du petit pisseur.

Au‑delà de la sculpture, «Manneken Frites» est avant tout un pochoir original visible sur le mur du jardin du Micro Musée de la Frite de Home Frit' Home, rue des Alliés 242, à 1190 Bruxelles‑Forest, accessible gratuitement chaque 1er week‑end du mois. Ce pochoir fait écho à d'autres interventions qui ont existé ailleurs, comme celui qui ornait autrefois le volet de la défunte friterie Fritkot Bompa (avenue de la Couronne 71, Ixelles). Ainsi, Manneken Pis, la frite et la ville se rejoignent jusque sur les façades de Bruxelles, en combinant mémoire des fritkots disparus et créations contemporaines.
Dans l'exposition «Frites et religion», qui se clôture précisément le samedi 1er août (13h30‑18h30) et le dimanche 2 août 2026 (13h30‑18h00) au Micro Musée de la Frite de Home Frit' Home, Manneken Pis est à nouveau convoqué. L'ex‑journaliste et animateur télé Jean‑Claude Defossé‑Dubié, également peintre, y prête l'œuvre «Jeanneke Pis et les marchands de bobards» (huile sur toile, 2017‑2025). Sur cette toile, Manneken Pis et sa consœur Jeanneke Pis, enfants terribles de Bruxelles, appellent la frite à la rescousse pour affirmer un esprit rebelle, frondeur, libre et toujours friand d'autodérision. Là encore, la frite n'est pas qu'un accompagnement: elle devient une alliée symbolique dans un paysage où les mythes, les croyances et les discours se confrontent avec humour.

Le lien entre Manneken Pis et les frites ne se limite pas aux créations artistiques: il se retrouve aussi dans l'univers commercial des friteries. Parfois, Manneken Pis devient carrément porte‑étendard de friterie, au point de ne plus être seulement un symbole belge, mais un véritable pourvoyeur d'images de frites, souvent standardisées. À Bruxelles, on le croise notamment avec l'enseigne «Manneken Frites» (rue du Midi 30), en plein centre‑ville. En communauté germanophone, à Hauset, l'enseigne «Manneken Frit'» reprend également la silhouette du petit pisseur pour proposer des frites belges, tandis qu'aux Pays‑Bas, la chaîne de friteries «Mannekenpis» se présente en sous‑titre «Verse Vlaamse Friet» et s'implante dans plusieurs villes comme Utrecht, Amsterdam, Leidschendam ou Den Haag.
C'est dans ce contexte qu'arrive le costume de frituriste pour Manneken Pis, remis le 1er août 2026, jour de la Journée internationale de la Frite belge. Cette journée commémorative, aux origines obscures et sujettes à discussion, a déjà fait l'objet d'un article détaillé sur le site de Home Frit' Home, qui rappelle combien cette «fête» prête à débat autant qu'à sourire: «1er août, Journée internationale de la Frite belge, une blague belge?».
Les samedi 1er août (13h30‑18h30) et dimanche 2 août 2026 (13h30‑18h00), Home Frit' Home et son Micro Musée de la Frite ouvrent gratuitement leurs portes au public. C'est l'occasion de découvrir de près le pochoir «Manneken Frites», l'exposition «Frites et religion», ainsi que d'autres manières, sérieuses ou moins sérieuses, de raconter l'histoire de la frite et de ses symboles. Tout au long de ce premier week‑end d'août, le court‑métrage culte «Fritland» (1985, Super 8), d'Yves Warson et Gilles Houben, sera diffusé en boucle. Ce véritable road‑movie dans l'univers des baraques à frites à travers tout le Royaume, de la fin des années 1970 au début des années 1980, prolongera la visite par un voyage filmé au cœur de la Culture Fritkot. Entre Manneken Pis en costume de frituriste et Micro Musée de la Frite en portes ouvertes, ce premier week‑end d'août 2026 promet une plongée très belge dans l'univers des frites, des frituristes et de leurs multiples détournements.
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