Annie Cordy

04

Sep

Annie Cordy s’est cassé la frite!

Annie Cordy s’est cassé la frite!

Chère Léonie Cooreman, chère Annie, à 92 ans, vous incarniez dignement (bien sûr) une musclée mamie des Belges. Combien de générations n’ont-elles pas été bercées par votre music-hall? Toute bonne du curé que vous étiez, vous n’avez pas fini d’attraper le diable par la queue! Et la Frite, par quel bout la prenait-elle, Tata Yoyo?

Annie Cordy (c)Claude Milan 1999, Frites.be
Annie Cordy (c)Claude Milan 1999, Frites.be.

Annie Cordy: l’interview de Frites.be de février 1999

Frites.be: Dans votre livre Nini la Chance, nous avons relevé ce passage où vous confiez préférer déguster les moules et frites non pas comme le chante Jacques Brel, avec du vin, mais avec une bonne bière…

Annie Cordy: « Je n’imagine pas manger des frites et des moules avec du vin blanc. C’est curieux hein? C’est peut-être très bon, mais j’ai pris l’habitude de les manger avec de la bière. Une bonne bière c’est tellement bon. J’apprécie tout particulièrement la Blanche. Mais j’aime aussi la Gueuze. L’autre jour, avec Aznavour avec lequel je viens de finir le tournage à Bruxelles d’un épisode de Baldi, nous sommes allés tourner à la Mort Subite. Alors vous pensez, à la Mort Subite, ce sont les tartines de platte keis, c’est le régal! Mais j’adore la frite, même si je n’en mange pas trop, parce qu’il faut faire attention. La frite, c’est une petite gourmandise qu’il faut s’offrir de temps en temps. Tous les jours, je ne pense pas que ce soit l’idéal pour la santé, mais c’est valable pour tout ce qui est friture, pas uniquement pour les frites. »

Nini la Chance ou Nicotine?

Dans « Astérix chez les Belges » (1979), nous vous retrouvons sous les traits de Nicotine, épouse du chef Gueuselambix. Bref, des références aux cigarettes et à la bière; comment l’expliquez-vous?

« Je ne sais pas pourquoi René Goscinny a pensé à moi, qui ne fume pas, enfin, plus… Mais Annie Cordy, Annie Cotine, Nicotine… C’est peut-être à cela qu’il a pensé. Et puis je suis Belge quand même! Une bonne gueuze Lambix je ne suis pas contre, mais à petites doses. Il faut savoir commencer mais s’arrêter aussi (elle rit). »

La scène où vous vous êtes jetée au cou du Roi Baudouin pour l’embrasser, vous pourriez nous la raconter?

« Bien sûr. C’est la dernière fois que je l’ai vu d’ailleurs. C’était à l’ambassade de Belgique à Paris, il était venu avec la Reine Fabiola que j’ai revue depuis. Je lui avais rappelé un très beau souvenir que j’avais eu pour ses 25 ans de règne. Ça se passait au Palais de Laeken, il y avait une émission de variétés qui se passait en direct, j’en parle dans Nini la Chance, mon bouquin. Le protocole avait dit que le Roi arriverait à telle heure, avec la Reine Fabiola, la Princesse Paola, la Princesse Astrid et le Prince Albert qui n’était pas encore Roi. Nous étions en direct, il fallait commencer l’émission, et j’entame la première chanson (elle chante): ‘Attention la bébête, la vilaine bébête…’. Et tout à coup je vois un cameraman devant moi qui me fait des grands signes, comme un moulin à vent: ‘Non! Non!’. Tout cela parce que le Roi venait de rentrer sur l’air de la Bébête; mais il a pris cela très bien. Et quand je lui ai rappelé ce souvenir à l’Ambassade, il m’a dit une chose très belle et formidable: ‘C’était bien hein, ah oui, c’était bien’. J’ai trouvé ça formidable. Il a répondu comme un vrai Belge. »

Annie Cordy: une blague belge?

Citez-nous quelques-unes de vos personnalités belgo-belges préférées.

« J’aime beaucoup les bandes dessinées, avec des gens comme Franquin. J’aime Maurane dans un autre style. Brel, … La plupart du temps, on ne sait pas répondre à ce genre de question, et c’est après qu’on se dit: mais pourquoi n’ai-je pas dit ça? (Elle rit). »

Vous pourriez nous raconter une blague belge?

« Mais non, hein. Je suis incapable de me souvenir d’une blague qu’elle soit belge ou suisse. Je peux vous raconter une vraie histoire qui m’est arrivée. Un jour, je sors du Métropole vers 7h00 du matin pour promener mon chien. Il faisait un froid de loup avec un vent à décorner tous les cocus. J’avais à l’époque un petit chien avec une grosse fourrure, comme un petit renard roux. Un peu plus loin que le Métropole, un clochard regarde mon chien et fait: ‘Eh bien pitje, ils ont bien fait de te mettre un manteau de fourrure hein’. J’ai trouvé cela extraordinaire (elle rit en se reprenant difficilement), ça ne s’invente pas cela! Ce n’est pas une blague belge, c’est l’esprit du Belge. Une autre histoire formidable est arrivée à un musicien français qui arrive à Bruxelles et cherche un studio d’enregistrement, mais il a oublié le lieu où il se trouve. Alors il arrête un monsieur et lui explique qu’il cherche un tel studio. Le monsieur lui demande si c’est dans le centre de Bruxelles. Le Français lui répond qu’il ne le sait pas. Est-ce dans le nord? Je ne sais pas. Du côté du Midi alors? Le Français, à nouveau: je ne sais pas monsieur. Et finalement le Belge lui répond: ‘Oui mais monsieur, quand on ne sait pas, on ne va pas hein’. Je trouve cela extraordinaire. C’est une réponse de bon sens! »

Annie Cordy, dédicace frituresque, février 1999
Annie Cordy, dédicace frituresque, février 1999.

Annie Cordy: un moules-frites, c’est bon hein!

Vous arrive-t-il encore d’acheter vos frites dans un fritkot?

« Non. Mais j’aime bien cela! Ça me rappelle mon enfance. On allait au cinéma le samedi soir et quand on sortait de là, notre grande gourmandise c’était un cornet de frites, qui coûtait 1 franc à l’époque, et 25 centimes de piccalilli. C’était le pied intégral, un régal! C’est comme cela que j’aime bien les manger en fait. J’en mange… pas tellement. Mais un moules et frites de temps en temps, c’est bon hein! Dernièrement, j’ai eu de la chance: il faisait très beau à Bruxelles, et je suis allée à Ostende. J’y ai mangé une sole que j’appellerais majeure, car ici c’est ainsi qu’on les sert, avec des frites. Je me suis régalée. Ensuite, je suis allée me faire venter partout, parce qu’il y avait un vent incroyable. C’était formidable, j’adore la côte belge. On se sent revivre, on est rouge, mais on a respiré, on est bien. C’est plein de souvenirs… Comme le kwistax, j’en ai fait tant! Avec mon frère, sur la plage… On avait du courage pour aller se baigner, car l’eau y est rarement chaude. Mais on ne s’y serait jamais baigné s’il avait fallu attendre qu’elle soit à 22. Même si on part plus facilement vers les mers chaudes aujourd’hui, je suis restée très eau froide. J’aime vivre dans le froid. D’ailleurs, les gens qui rentrent dans ma chambre, ils repartent tout de suite parce qu’ils sont gelés sur place. Comme dans mes loges, j’ai horreur d’avoir chaud. J’aime le vent, j’aime la pluie… Mon corps a besoin du froid, quand j’ai trop chaud je ne suis pas bien dans ma peau. Il y a d’ailleurs une question que je devrais poser aux toubibs: je ne transpire pas, est-ce normal? Après deux heures de spectacle, c’est à peine si je perle un petit peu sur ma frange. Il faut que je pose cette question, car quand je vois comment transpirent certains de mes collègues… Ça doit être terrible. »


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